Samedi 3 novembre 1984. — Aéroport de Roissy.
Je ne suis pas très en forme. Préparer son sac pour huit mois, cela fait drôle. Les habits du Raid sont tout neufs et me donnent l’allure d’un écolier, au jour de la rentrée. Dehors, il fait froid.
A l’aéroport, tout le monde est là. D’abord les journalistes. Ensuite, les candidats, et puis Jacques Antoine qui mâchonne nerveusement sa pipe. Jean-Michel, Nouche, la « nounou » de la Course, fille de Roger Bourgeon, les mécaniciens, Bernard Cheviron, quelques candidats des équipes de réserve et les autres que je regarde sans voir, la gorge un peu prise. Le bruit des réacteurs couvre nos voix.
En face de moi, Jacques Antoine. Je sais toute la confiance qu’il met en moi. Lui aussi est anxieux. Mais il doit être fier. Fier d’avoir monté une pareille expédition. Tous ces sacs, toutes ces malles, les journalistes au milieu, ça a beaucoup de « gueule », ce départ. Pour décrisper l’atmosphère, Jacques dit soudain, en tordant la bouche :
- J’en ai marre, ce sont toujours les mêmes cons qui restent.
Les au revoir, les adieux, je ne sais plus, car tout est allé très vite. Quinze heures : les réacteurs déchirent le ciel.
Derrière moi, Roland Théron, de l’équipe d’Antenne 2, se penche vers un hublot. Sous sa chevelure bien rangée, il a l’air d’un premier communiant qui va voir les anges.
D’un seul coup d’œil panoramique, nous embrassons toute la capitale, apercevons la tour Eiffel et puis un rond, tout petit. Roland s’écrie : « Regardez ! C’est le circuit de Montlhéry ! » Ultime vision de la capitale et de ses alentours, embellie par une lumière d’automne rasante. Le Boeing 747 fend les premiers nuages et la France disparaît soudain derrière un rideau blanc.
Cette fois, ça y est ! Nous sommes partis. Roland n’en croit pas ses yeux. « C’est la première fois que je monte dans un avion de cette taille ! C’est complètement fou ! »… Le soleil se couche sur la Méditerranée. Peu à peu, le calme a gagné quelques visages rêveurs, étonnés, pensifs.
Les jambes s’allongent, les corps se détendent. Fatigués, mais disponibles pour l’aventure.
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