Vendredi, 21 décembre 1984
Au petit matin, Christine, Guilène et moi avons la même vision d’horreur : sur les jambes et les bras, dans le dos aussi, nous sommes comme brûlés. Notre corps est recouvert de cloques, de véritables poches d’eau décapantes comme de l’acide, que nous devons sans doute à de traîtresses chenilles.
Aussitôt, Christine retrouve ses réflexes d’infirmière, sort quelques bandes et de la crème pour nous soigner. Maigre consolation, car nous ne pourrons pas éviter les infiltrations de poussière sur cette piste de plus en plus infernale.
Le paysage est devenu très sauvage. Nous avons vraiment l’impression d’atteindre le bout du monde. La piste, les arbres secs, les passages étroits dans lesquels les militaires redoublent d’attention. Il n’y a plus rien. Juste notre serpentin qui se déroule de façon anachronique, notre défi qui construit des situations, provoque des réactions, modifie le cours tranquille de l’Eternité qui passe, sans avoir rien demandé à personne. Notre étonnement, leur étonnement se croisent dans des regards fatigués, sans cesse différents, toujours tournés vers cette course qui s’annonce sans fin.
Le Raid prend une autre dimension. Il va falloir compter avec les incidents, avec la nature qui n’a pas été prévenue de notre arrivée, avec les militaires et les douaniers, avec le temps qui file dans le sablier, usant plus vite que prévu notre détermination à dire oui devant chaque obstacle.
Une dernière tente, là-bas, sous laquelle les militaires servent le thé, regardent les passeports, notent quelques numéros. Leurs gestes sont lents, calmes, comme le désert avec lequel ils se confondent. Pierre doit se morfondre à la douane somalienne en nous attendant. Personne n’aura pu le prévenir.
Laisser un commentaire