Lusaka dans notre objectif : une ville triste, comme le reflet d’une vitrine qui fut belle et riche, au temps du cuivre. Le pays détient le quart des réserves mondiales ; il est le troisième producteur de la planète. Mais les cours fixés à des milliers de kilomètres d’ici ont considérablement chuté, ruinant les plus riches… et les plus pauvres aussi.
Les campagnes se sont vidées. Aujourd’hui, la Zambie est le pays le plus urbanisé d’Afrique avec 48 % de la population dans les villes, et un million de jeunes ruraux sans emploi. Enclavé entre l’Angola, le Mozambique et le Zimbabwe, il s’est endetté puis appauvri.
Dans la rue, la méfiance s’est élevée à l’état d’institution : un homme nous voit filmer, s’approche, nous met une carte sous le nez :
- Que faites-vous ? qui êtes-vous, que filmez-vous, qu’allez-vous raconter sur notre pays ?
- De la part de qui ?
- De la milice, Monsieur !
Dix mètres plus loin, un autre Monsieur, sans carte cette fois, me propose des pierres et de l’ivoire, à « un bon prix »…
- D’où vient-il, cet ivoire ?
Le vieil homme éclate de rire, comme pour s’excuser.
- Je ne peux pas te le dire…
Pour le savoir, Roland et Laurent sont partis en brousse avec Gérald, accompagnés de quatre Noirs dont l’un porte un fusil chargé de deux grosses balles.
« La nuit tombe, raconte Roland, nous avançons en file indienne dans le bush. Partout, il y a des squelettes d’éléphants, des têtes de buffles jonchent le sol. Un Noir ramasse des chenilles dans les arbres pour les cuisiner ce soir. Au campement, ils les font cuire ; puis sortent des mangues préparées avec une recette indienne. C’est super fort, mais excellent ! »
Roland et Laurent goûtent avec un plaisir infini cette nuit africaine qui les ravit de sa douceur. La lune descend dans le ciel. Les Noirs apportent de la marijuana séchée… Vers dix heures, ils se mettent à chanter autour du feu. Eux qui n’ont jamais vu la télévision se précipitent devant le petit moniteur pour regarder les séquences tournées dans l’après-midi. Roland est heureux, très heureux. Loin de tout, il se dit que ces nuits africaines sont belles, plus belles que les jours fades et chauds, plus mystérieuses, plus odorantes, plus raffinées.
Dans son carnet de bord, il s’empresse d’écrire, avant que le temps ne disperse son rêve : « Nous sommes en pleine Afrique, en Zambie, au coeur d’un parc national. Cigarettes qui tournent. Etoiles dans le ciel. Murmures des Noirs qui chantent. Tam-tams dans la nuit. Ma tête et mon corps vivent complètement. Je me sens un peu de leur bord. Je ressens de quoi leur vie peut être faite. »
A cinq heures du matin, du haut d’une colline, les Français découvrent le bush à perte de vue. Ils partent très vite à Chipata où le « boss » du bureau de la Wild Life leur a préparé une patrouille « anti‑ poaching ». Visiblement, ils ont mis les gros moyens. Mais ni les animaux ni les braconniers ne sont au rendez-vous. Laurent et Roland devront mettre en scène une histoire, pour éviter de revenir bredouilles sur le plateau de Naivasha, découvrant ainsi un des aspects secrets et méconnus de la profession !
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