Pendant ces deux semaines qui précèdent le départ, j’éprouve un vertige incroyable. Trop de questions restent sans réponse.
La technique d’abord : comment vont résister les petites caméras vidéo, les voitures, le matériel de liaison ?
L’équipe composée d’une vingtaine de personnes va-t-elle faire un tout ou y aura-t-il des frictions ? Serai-je amené à jouer le remorqueur des âmes en panne et le juge des conciliations quand l’énervement et la fatigue rendront insupportables une fenêtre ouverte ou des chaussettes sales ?
L’horaire prévu : les télévisions n’ont-elles pas vu trop grand en programmant (en France) une émission réalisée pour une bonne moitié par des amateurs, juste en face du sacro-saint film de 20 h 30 sur T.F.1 ?
Le défi lancé : irons-nous jusqu’à la Terre de Feu et de quelle manière ? Lorsque j’explique à Jacques Abouchar, mon voisin de bureau, que ce projet s’achèvera au mois de juin 1985, il trouve cela sensationnel mais ne manque pas d’en souligner la longueur : « Huit mois, c’est énorme… » me dit-il.
Et moi ? Serai-je à la hauteur pour mener toute cette équipe, pour faire tourner cette énorme machine et guider cette expédition du sud de l’Afrique au sud de l’Amérique ? Plus les jours passent, plus cela me semble une pure folie, à la limite de nos possibilités, donc excitant et motivant ! Un projet dans lequel je devine quelque chose de fragile quelque part, qui me fait demander — avec ravissement — comment cinq chaînes de télévision ont pu se lancer dans une telle aventure.
Merci, M. Desgraupes, pour ce courage et cette audace, rendant aux chaînes de télévision leur véritable vocation : celle de prendre des risques et d’innover.
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