Grosse flaque, énorme camion et raz-de-marée de boue

Mercredi, 19 décembre 1984

Le jour se lève. Le réseau routier une fois encore nous contraint à rouler ensemble, d’autant plus que nous devrons nous arrêter à Nungi pour recoller à un convoi de camions qui est censé nous attendre. A partir de là, des militaires nous escorteront jusqu’à la frontière autour de laquelle se multiplient les actes de brigandage et les vols.

La piste est de mauvaise qualité. A chaque instant, nous risquons de cabosser les jantes. Hier, Benoît a, une nouvelle fois, préparé la voiture. Il l’a lavée, essuyée, dedans, sur le toit, le capot, le coffre, sans oublier les rétroviseurs, les vitres et le treuil. Il est passé sous les sièges, entre le levier de vitesses et le frein à main, derrière l’extincteur. Comme il fait chaud, nous avons baissé les vitres. La brousse est en fête. Les oiseaux chantent, le ciel est bleu. Une grosse flaque qui traverse la route m’oblige à freiner. Alors que je m’apprête à la passer au ralenti, en première, à ce moment-là, j’aperçois dans le rétroviseBenoit Jacques et la grosse flaqueur un énorme camion qui nous dépasse par la droite, plongeant au milieu de la flaque.

Deux remarques s’imposent : la flaque est profonde, le camion est très long, du type semi-remorque. Un océan. Que dis-je, un raz de marée de boue recouvre entièrement notre voiture. A l’extérieur comme à l’intérieur. Benoît commence à voir rouge. Tout est maculé : le volant, les sièges, les habits, la carte routière (plus embêtant), le plafond, le sol, les rétroviseurs, les vitres. En général très calme, Benoît commence à s’agiter :

  • Rattrape-le, rattrape-le
  • Attends un peu, pour le moment je ne vois rien !

Dix kilomètres plus loin, nous apercevons le monstre. C’est Duel à l’envers. Ou quand les petits poursuivent les gros. A peine arrêté, Benoît a déjà sauté du véhicule, et comme dans un film en accéléré, fait des ronds autour de la cabine du chauffeur en lui proférant des menaces. Le Noir, qui commence à voir rouge lui aussi, est étonné et ne comprend rien à ce qui se passe. Cela énerve doublement Benoît qui revient à sa chère voiture un peu déprimé.

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Didier Regnier

Didier a encadré la caravane du Grand Raid du Cap de Bonne Espérance à la Terre de Feu, animant l'émission sur le terrain et réalisant des récits étape pour présenter les pays traversés et illustrer les aventures et anecdotes de la semaine. Ses articles sur ce site sont des extraits du livre qu'il a publié en 1985 chez Robert Laffont, "L'Aventure du Grand Raid".