« Joyeux » Noël de Mogadiscio

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Nous sommes le 24 décembre, mais ici, en pays musulman, c’est un soir comme les autres. J’imagine pourtant les sapins de Noël, les petites lumières, le froid, peut-être la neige qu’on ne connaît pas ici, une table avec des bougies, du vin, quelques plats réconfortants. Dans la petite cour mal éclairée de la « Croix du Sud », le banquet des raiders est fin prêt. Nous sommes tous là, chacun devant une assiette de spaghetti et un verre d’eau gazeuse. Plat royal après les dures journées que nous venons de passer.

Notre cadeau de Noël, ce sont quelques cassettes que Jean-Claude Freydier a rapportées de Paris : les enregistrements des premières émissions diffusées en France ! En effet, chaque semaine, nous envoyons dans la pochette jaune les cassettes V.H.S. du récit- étape, celles des candidats, plus celles du plateau, sur format profes­sionnel.

A Paris, les monteurs mixent le tout et diffusent la bande une semaine après notre enregistrement, ce dernier se faisant en liaison sonore directe, mais ne nous permettant jamais de nous voir. Ces cassettes arrivées ce matin sont donc une véritable surprise pour nous !

Dès que notre « réveillon » est terminé, nous commençons à préparer la séance vidéo : une chaise bancale est hissée sur la table, Benoît et Olivier trafiquent les prises électriques, raccordent des fils dénudés, dépoussièrent le magnétoscope et envoient la cassette. Au cœur de la ville, le générique du Raid retentit, les voitures s’ébranlent, j’ouvre l’antenne sur les bords du lac Kariba avec le nez rouge, les filles en short déclenchent une vague de protestations dans l’assistance, les candidats récitent leurs lancements avec leurs mines d’écoliers tout neufs ! C’est le fou rire général ! Rien ne nous paraît bien, tout est fou, super, dégueulasse, à revoir ; mais en tout cas, nous ne restons pas indifférents.

Moment particulièrement apprécié, outre la présentation de Noël dans une tenue vestimentaire « presque adéquate », l’interven­tion des jurés, ce qu’ils disent, ne disent pas, leurs habits, leur tête. « Regardez ces pingouins ! » s’exclame un concurrent que je ne nommerai pas, par mesure de sécurité. Les candidats tels qu’en eux-mêmes, insolents comme au premier jour et tous adhérents au club de Rackham-Le-Gum , qui fait l’unanimité ! Devant tant d’euphorie, nos voisins — un équipage d’ Alitalia — nous offrent une bouteille de champagne et un panettone, ce qui fait « craquer » Roland.

Je rentre à l’hôtel. Les couloirs sont traversés de courants d’air qui font rouler les papiers et dispersent les odeurs. Près des cuisines, des chats squelettiques fouillent les poubelles. J’ouvre la porte de ma chambre. Une souris s’échappe du paquet de pâtes de fruits que Jean- Claude m’a apportées de Paris ce matin. Un cadeau de Marie-Odile… Sur mon carnet de bord, j’écris : « Noël passe comme un soir banal. J’imagine ma fille, sans doute un peu seule, qui voudrait sans doute son papa pour Noël. Quelque chose manque, avec évidence. Joyeux Noël ! »

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Didier Regnier

Didier a encadré la caravane du Grand Raid du Cap de Bonne Espérance à la Terre de Feu, animant l'émission sur le terrain et réalisant des récits étape pour présenter les pays traversés et illustrer les aventures et anecdotes de la semaine. Ses articles sur ce site sont des extraits du livre qu'il a publié en 1985 chez Robert Laffont, "L'Aventure du Grand Raid".