Les 400 kilomètres de piste après Potosi sont parcourus dans un nuage de poussière. Elle s’infiltre partout : sur le siège, le tableau de bord, le volant, le coffrage, la figure, les cheveux, les lunettes. Pour enregistrer les témoignages des concurrents, je vais de voiture en voiture, nettoyant toutes les dix secondes l’objectif, le magnétoscope, la caméra, les câbles. Alexandre Bochatay négocie chaque virage au plus juste, accélère dans les lignes droites, freine à temps pour éviter les trous, traverse les gués à vive allure. Dehors, les petits villages se succèdent, tous plus beaux les uns que les autres. Nous savons que le but approche et, avec lui, le temps des confidences, des projets, des espoirs.
- Alex , que penses-tu du Raid ? Tu t’y sens à l’aise ?
- Oui, c’est bien. Mais nous n’avons pas assez de temps pour tourner les sujets. Ça c’est le gros problème du Raid, répond-il un mouchoir devant la bouche.
Une formule qui serait valable, c’est d’avoir deux équipages pour chaque pays. Chacun tournerait une semaine sur deux, ce qui laisserait plus de temps.
- Et après, que vas-tu faire, Alex ?
- Avec Roland, nous allons nous inscrire au Paris-Dakar, pour 1986.
Depuis maintenant six mois, les concurrents se côtoient. Forcément, des affinités se sont créées et pas toujours au sein du même équipage. Alexandre est devenu très ami avec Roland Theron, tandis qu’Alain Margot et Philippe Raymakers envisagent de réaliser ensemble des films de fiction dans un esprit de collaboration belgo-suisse. Tous ont évolué, tous ont changé.
Les équipes tiennent parce qu’ils font passer l’émission et les tournages avant tout, mais je sens tous les jours de profonds craquements fissurer la façade. Les mariages qui se font sous nos yeux ne sont plus ceux que nous avions imaginés à Montlhéry. Des divorces se consument lentement tandis que des unions plus ou moins libres éclatent au nez du rédacteur en chef-maire adjoint. Résultat le plus tangible de cette évolution : certains candidats assurent seuls la marche de l’équipage en trouvant et tournant le sujet hebdomadaire, laissant à d’autres le soin d’y réfléchir, éventuellement de le critiquer. Lentement, la fatigue et le temps rongent de leur élan sournois les ardeurs les plus farouches.
Je me rappelle alors l’avertissement que Jacques Abouchar m’avait lancé avant le départ : « Votre émission, c’est très bien, mais huit mois, c’est long… »
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