Vendredi, 19 octobre 1984.
Ce soir-là, l’ambiance n’était pas terrible. Nous avions vécu trois semaines ensemble, du matin au soir, repas et soirées compris ; quand ce n’était pas la nuit avec ces tournages complètement hitchcockiens. Nous avions sympathisé, nous étions presque devenus des amis. Chaque candidat, quelque part dans sa tête, s’était imaginé sur la ligne départ. Tous avaient été vaccinés, tous avaient cherché des sujets, tous avaient reçu des conseils, des informations, regardé des cartes, lu des guides, écouté les anciens, préparé du matériel, prévenu sa famille que… peut-être… dans quinze jours… Peut-être… Peut-être seulement pour dix d’entre eux. Dix qu’il allait falloir choisir. Et le choix fut arbitraire parce qu’il fallut trier parmi les meilleurs. Tous — ou presque — correspondaient au profil que nous cherchions. Les regards avaient changé. Ils étaient devenus inquiets, profonds, porteurs d’une détresse insoupçonnée jusque-là. Ce voyage, c’était leur rêve, peut-être la chance de leur vie, leur espoir fou, le tournant, le métier, la carrière, qui sait ? Ce voyage, ils ne pouvaient pas ne pas en faire partie, car ils étaient formés maintenant. Ils étaient tous égaux, n’est-ce pas ? Alors, pourquoi en éliminer un sur deux ? Quel était ce cirque, quelle était cette mascarade, ce grand échiquier dont ils devenaient soudain les dons ?
Les docteurs, le pédagogue, les instructeurs, le réalisateur, les producteurs et tous ceux qui avaient encadré l’équipe pendant le stage avaient consigné leurs observations dans un rapport. C’est sur celui-ci que se sont appuyés les responsables de chaque télévision pour prendre leurs décisions.
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