Mercredi, 19 décembre 1984
Nungi, ce sont trois baraques sur le bord de la piste. Des baraques maintenant écrasées par le soleil. C’est ici que l’escorte va encadrer la « brigade du Raid ».
Benoît sort et filme les militaires en armes, ce qui lui vaut — décidément c’est la journée — un sérieux avertissement de la part d’un Noir à la démarche féline : « Monsieur, ici on ne filme pas, il faut demander, il faut prévenir le chef. » Nous nous confondons en excuses, expliquons que nous filmons la progression de nos voitures à travers le monde. Rien n’y fait. « Montrez-moi vos papiers et les autorisations… de Nairobi, du chef, du ministère. »
Deux heures plus tard, le bus de Nairobi arrive. C’est lui qu’on attendait. Le convoi s’ébranle dans un nuage de poussière, à une vitesse élevée. Il ne faut absolument pas que nous lâchions l’escorte. Toute la journée, nous roulerons ainsi, les yeux rivés à l’arrière de ce car brinquebalant sur des pistes de plus en plus mauvaises, de plus en plus mouillées.
Vers seize heures, nous atteignons Garissa. Nouveau barrage. Nouveau contrôle. Notre voiture brune de boue intrigue. Les militaires sont plus pointilleux ici et relèvent tous les numéros : passeports, permis de conduire, assurance. Enfin ils viennent tourner autour des voitures, y mettre un nez, puis la tête, puis les deux jambes, avant de nous conduire au quartier général de la police où je vais voir le chef.
Il siège dans une petite pièce sombre aux murs verts. Derrière sa table en bois, entre le téléphone et la tasse de thé, je devine qu’il n’est pas le « tamponneur » le plus rapide de l’Est.
- Nous sommes, comment dire… nous sommes pressés et nous aimerions, si possible, avoir une escorte maintenant pour poursuivre notre route.
D’abord l’homme ne réagit pas. Puis il rigole.
- Maintenant ? Non, il faut attendre. Je dois prévenir Nairobi. Et puis il me faut rassembler trois ou quatre hommes pour demain. Vous avez des places pour les prendre ?
- C’est-à-dire que… c’est difficile. Il n’y a que deux sièges par voiture et ils sont occupés. Nous pouvons partir sans escorte ?
- Pas question. La région est dangereuse. Nous devons assurer votre protection. Il faut que vous restiez ici.
La situation est bloquée. Nous allons perdre du temps.
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